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 La mort de mon optimisme. (1)

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Abraxas
Poète des sables
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Nombre de messages : 157
Age : 29
Date d'inscription : 30/03/2008

MessageSujet: La mort de mon optimisme. (1)   Lun 31 Mar - 17:44

J'ai arrêté de m'exalter le jour où tu es mort.
C'était un dimanche matin, et comme tous les dimanches matins je me suis levé à onze heures. J'aime pouvoir faire la grasse matinée après une longue semaine d'école, ça remet les idées en place, ça recharge. J'allais être vidé à jamais.
Il n'y avait aucun bruit dans la maison, un vide planait, un vide incroyablement lourd.. Maman était là à la cuisine, mon père lui était parti, j'avais remarqué que la voiture n'était pas dans l'allée en ouvrant mes volets. Quand je suis rentré dans la pièce et que maman m'a vu, elle a pleuré, elle m'a regardé avec des yeux que seule une mère peut avoir, ce regard plein de compassion dont je savais qu'il m'annonçait un malheur, un regard plein d'amour mais aussi de tristesse qui me surprenait. Elle a ouvert la bouche. Je suis mort.

Jonathan et moi on est nés la même année, on habite dans le même village, et on est frère. Quand on était tout gosses, il venait passer les mercredi après-midi chez moi, on jouait à nos jeux de société préférés, on sortait ensuite pour faire nos conneries d'enfants, un gamin qui ne fait pas de bêtises c'est une gamin triste. On a longtemps été dans le même école, mais séparés dès notre arrivée en primaire, les instituteurs ont dit à nos parents "Ceux là ils sont trop amis, il vaut mieux les séparer, sinon ils vont perturber la classe." Ce que ça peut être con un prof. Et les parents à dire tout le temps oui pour paraître responsables.
De toute façon ça n'a pas marché, le temps passait et on se retrouvait toujours, moi j'étais le gentil petit élève qui travaillait bien à l'école, et John celui qui dès tout petit avait compris que la vie faut pas la prendre au sérieux, l'intello et le casse-cou, le yin et le yang, en béton.
Quelques années plus tard, à la rentrée en secondaire, il a changé d'école, mais on se voyait toujours dans le bus, et on s'marrait, on s'marrait tellement, à quatorze ans le monde nous appartient c'est sûr!
Et au fil du temps on s'est moins parlé, on se voyait moins aussi, mais on se sentait toujours aussi proches l'un de l'autre, je ne jurais que par lui, il faisait pareil, on se disait bonjour en se serrant dans les bras. Mon frère.

C'est arrivé comme tous les drames : un samedi soir. Ou plutôt un dimanche matin vu l'heure, maman m'a montré l'article dans le journal, tu étais dans les faits divers, la mort de mon meilleur ami, un fait divers...

Dans la nuit du samedi au dimanche 2 mars vers 4 heures du matin, un jeune de Fauvillers a trouvé la mort dans un accident de voiture, son véhicule est entré en collision avec la borne centrale et s'est retourné, le jeune est mort sur le coup.


Je me demande si le journaliste qui a écrit ces lignes a bien réalisé ce qu'il notait, est-ce qu'il savait que c'était de toi qu'il s'agissait ? Est-ce qu'il savait que ma vie aussi était morte sur ses lignes ? Non. Il s'en fout, c'est son boulot.
Tu es mort sur le coup. C'est vraiment possible dis ? Est-ce que tu as réalisé ce qui t'arrivait ? Ou est-ce que tu dormais ? Bien sûr que non tu ne dormais pas, toi ce fanatique de la vie, tu ne pouvais pas être en train de dormir, de gâcher ton temps, non! Tu avais certainement beaucoup bu, dansé jusqu'à la sueur, dragué jusqu'à baiser, et parlé, parlé jusqu'à la transe ! tu devais être saoul et heureux... Saoul et heureux. Moi j'voudrais dormir toute ma vie.

Dieu n'existe pas. Il n'y a personne là-haut, et je suis près à en découdre avec quiconque ose me dire que quelqu'un existe dans le ciel, qu'un soi-disant créateur nous regarde et nous aime. Conneries ! Tu crois vraiment que quelqu'un veille sur nous hein ? Tu crois que ce qui arrive dans le monde est la volonté d'un vieux barbu sénile à qui il faut faire confiance ? Que tout fait partie du Grand dessein et que chaque évènement est une pièce du puzzle d'un monde parfait ? J'vais te dire la vérité, il n'y a pas de Dieu tout comme il n'y a pas de destin, nous ne sommes qu'un tas de protéines assemblés au hasard, une erreur de la nature, une mutation immonde issue d'une cellule inutile, voilà ce que nous sommes, un hasard qui n'a nul besoin de retourner à la poussière car il n'est que poussière. Seigneur je t'emmerde.

L'enterrement était le lundi. J'me suis réveillé ce matin là d'un sommeil lourd et sans rêves, mes parents étaient déjà prêts, ils m'ont "laissé dormir". Ils étaient habillés tout en noir, parce que c'est la tradition, on se dit que si on peut donner aux gens de la tristesse avec notre absence de couleur ça nous soulagera un peu de la notre. Ca marche pas. D'ailleurs J'ai pas mis de noir, j'me suis habillé comme d'habitude, parce que c'est comme ça que tu me connais. J'me souviens encore du parfum de maman, toujours le même.
Devant l'église il y avait plein d'monde, des proches, des moins proches, et puis des hypocrites, c'était un enterrement après tout. La foule coulait doucement vers l'intérieur, et j'me laissais porter, c'était surréaliste, j'étais pas vraiment là, t'étais pas vraiment mort, alors je glissais.
Les murs étaient gigantesques, bien plus que d'habitude, un nuage d'encens planait sur nous, un monstre de fumée qui puait et serrait les gorges. Il y avait au dessus de nous les petites vieilles de la chorale, prêtes à chanter pour toi, toutes souriantes, aux faux airs de compassion.
Le vieux curé parlait devant nous, il avait une belle aube blanche et un sourire. Il nous racontait toutes sortes de choses, il nous disait que t'étais au paradis, avec Dieu, Jésus, et toute la bande, je savais bien que c'était des conneries, et je pense que lui aussi mais je ne disais rien. Si ça pouvait en apaiser certains après tout pourquoi pas.
Je ne pleurais pas. C'était comme une overdose de tristesse, de haine et de je ne sais quoi d'autre qui me prenait aux tripes et bloquait mes glandes lacrymales. Je voyais pourtant tant de larmes, des sincères, je voyais ta mère pleurer, j'voyais Laura pleurer, et toi qui restais là couché, le visage sans aucune expression, pas le moindre rictus, c'était pas toi ! Si c'était toi tu te serais levé, tu aurais couru vers les deux femmes de ta vie, les serrer dans tes bras ! Puis on aurait été boire un verre ! j'me serais encore saoulé trop vite, et toi tu aurais ri avec moi ! Ce tas de chair ça peut pas être toi ! Je le sais très bien ! Tu vois tu m'as pas eu John ! Sors de ta cachette, c'est fini !
Mais c'était bien toi.

Venait ensuite la marche jusqu'au cimetière, ils étaient quatre à porter ton cercueil, on m'avait bien proposé mais j'ai refusé, je savais que tu ne m'en voudrais pas. "Il est pas rancunier John." Les gens en deuil sont lents, certains par respect, d'autres par désespoir, j'étais dans ceux-là. En arrivant ta tombe était déjà creusée, ta pierre érigée avec ton nom, deux années, et une petite photo de toi souriant, j'ai souri.
Je suis directement rentré chez moi, je ne voulais ni voir cette boîte disparaître sous la terre, ni aller manger des petits pains, il n'y a pas plus con comme tradition.

Le lendemain j'ai dû aller à l'école, le monde est plein de compassion, si votre meilleur ami est mort vous pouvez rater un jour de classe, quelle merveilleuse intention. Les murs étaient aussi gris que le ciel, les cours se ressemblaient, les gens se ressemblaient, je distinguais à peine mes amis qui tentaient de me parler, ils faisaient pourtant des efforts pour moi, ils m'aiment. Je le sais.
J'ai repris le bus à l'heure du dîner, ça ne servait à rien de rester, je mettais tout le monde mal à l'aise.
Maman avait décidé de me faire un mot, j'ai pu rester une semaine à la maison, bien que ce soit inutile.
Tout ce temps, allongé sur mon lit, j'me suis repassé des souvenirs, comme un cinéma noir et blanc qui tremblerait sur le plafond de ma chambre. J'me suis mis à pleurer, comme si le temps était venu, comme si j'avais assez attendu et que ce soir là, au milieu de mes films , un souvenir quelconque m'aurait mis la réalité en face. Cette putain de réalité que je dois désormais traîner derrière moi, comme un prisonnier : "Je ne te reverrai plus.".

Ma seconde mort.
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Huslium
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MessageSujet: Re: La mort de mon optimisme. (1)   Lun 31 Mar - 19:15

J'ai lu. J'ai compris, alors je n'ai pas pleuré... non plus.

Je t'enlace.
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